Trouble de la Personnalité Limite

Le trouble de la personnalité limite est un trouble psychologique et psychosocial sévère, dans lequel les personnes présentent une difficulté très importante à réguler leurs émotions et leurs comportements.

La vulnérabilité émotionnelle est la partie biologique de la maladie : hypersensibilité, hyper-réactivité, lent retour à la normale.

La liste des dérèglements va nous permettre d’illustrer ce point important du diagnostic et du traitement de la maladie, qui est que pour comprendre la manière particulière de vivre avec une personne atteinte de TPL, il va falloir commencer par subir ces dérèglements, avant de se dire que quelque chose ne fonctionne pas de manière classique.

Voici les 5 dérèglements caractéristiques des TPL :

dérèglement des émotions (ce qui différencie les TPL des bipolaires, plus axés sur des troubles de l’humeur)

dérèglement des relations, souvent chaotiques (c’est donc après des échecs répétés que le dérèglement pourra être décelé)

dérèglement de l’image de soi, (qui apparaît plus nettement avec l’âge, notamment à partir de l’adolescence)

dérèglement des comportements. Or chacun de nous étant unique, c’est bien difficile de comprendre un comportement comme un trouble et non comme une originalité, une bizarrerie. Je pense à ce très beau film « les gens normaux n’ont rien d’exceptionnel », qui montre la frontière très mince entre la « normalité » et la « folie ordinaire », j’entends par folie une maladie, même simplement dépressive, qui peut mener chacun de nous à une hospitalisation en psychiatrie, considérée encore souvent et à tort comme science des fous…

dérèglement cognitif : comment voir l’ensemble d’une situation et accéder à sa mémoire. La scolarité et le travail des TPL peuvent à ce titre se révéler mouvementés, avec des points de cristallisation qui vont se manifester tant au niveau cognitif que relationnel : entrée en maternelle, passage en CP, en quatrième avec un niveau conceptuel en mathématiques différent, lycée, passage du bac, premier emploi…

Au final, les problèmes rencontrés par les personnes qui souffrent du TPL se manifestent par des émotions intenses et changeantes (comme la honte, la colère, la tristesse ou l’anxiété), des relations chaotiques, une forte impulsivité, un sentiment instable de l’image de soi, des tentatives de suicide et/ou des automutilations, des craintes d’abandon et des sentiments chroniques de vide.

Extrait de l’article « Une 1ère en France en psychoéducation familiale des  Troubles de la Personnalité Limite TPL Connexions Familiales© »(cliquer pour ouvrir). Publié le 29 décembre 2017 par Muriel Rosset, présidente de « Connexions familiales », sur le blog Management en Milieu de Santé où elle est auteure

Les critères diagnostiques officiels des TPL selon le DSM-IV Voici donc la classification propre à cette maladie, par ordre de fréquence, sachant que dans ces 9 critères, il en faut au moins 5 pour établir une possibilité de TPL. En effet, la plupart de ces critères peuvent se retrouver de façon isolée, provisoire ou raisonnable chez tout un chacun.

Le TPL se manifeste en outre souvent par d’autres troubles associés.

1. Peur de l’abandon
Cette peur peut prendre des proportions extrêmes : ainsi une personne TPL qui devra attendre quelques minutes un médecin pourra trouver cette attente terrible, au point de partir ou se taire en entretien, considérant qu’elle ne compte pas assez pour le professionnel sensé s’occuper d’elle.

2. Fluctuation marquée de l’humeur 
Ecorché vif, le TPL vit tout de façon intense, durable, exponentielle. C’est un raz de marée émotionnel, qui influe sur sa concentration et sa motivation, et rend le fil conducteur de sa vie plus difficile.

3. Impulsivité 
La réaction aux émotions est immédiate, pas pensée. Elle permet de sortir du vécu trop douloureux où un rien blesse facilement, et met en colère.
Si la personne TPL se pose et y réfléchit, elle regrettera ensuite, d’autant que sa première peur est celle de l’abandon.
Il n’y a donc pas de contre-indication à se mettre en colère avec une TPL, du moment qu’on revient vers elle après.
Car n’oublions pas que sa première peur est celle de l’abandon.

4. Répétition de comportements suicidaires ou auto mutilatoires
70% des personnes passent à l’acte. 10% réussissent.

5. L’automutilation
Elle est façon de reprendre contact avec soi, « grâce » à la douleur physique.

6. Mode de relations inter personnelles instables et intenses
Si on est fatigué et qu’on ne va pas vers elle, la personne TPL ressent un sentiment d’abandon.
Quand on revient, elle commence par dramatiser, tout en ayant besoin qu’on ne la laisse pas tomber.
Les réseaux sociaux deviennent vite dangereux, car une simple image facebook va donner honte.

7. Sentiment chronique de vide

8. Instabilité de l’image de soi, personnalité caméléon
La personne TPL a des difficultés à prendre des décisions, à se maintenir dans une même direction.
Elle voit les choses en noir et blanc, et a des pensées facilement radicales.

9. Symptômes dissociatifs ou paranoïa
La personne TPL sait mal repérer ses émotions, elle voit d’abord l’insupportable d’une situation, et peine à prévenir ou porter attention à la relation.
Les émotions et la douleur peuvent parfois aussi ne plus être ressenties, quand le malade ne sait pas qu’il est blessé, ne détecte rien mais sent comme une nausée, avec le besoin de s’automutiler pour en sortir. Dans ces mouvements dissociatifs, les troubles de la mémoire sont fréquents, et des périodes entières de la vie peuvent être oubliées.
Quand la dissociation va jusqu’à la paranoïa, il n’y a plus de discussion possible.

Extrait de l’article Une 1ère en France en psychoéducation familiale des Troubles de la Personnalité Limite TPL Connexions Familiales© (cliquer pour ouvrir). Publié le 29 décembre 2017 par Muriel Rosset, présidente de « Connexions familiales », sur le blog Management en Milieu de Santé où elle est auteure.

Deux thérapies adaptées aux troubles TPL borderline Les thérapies suivantes restent encore assez peu proposées en francophonie, mais les professionnels se forment progressivement.

a) Thérapie comportementale dialectique lancée par Marsha Linehan (TCD)
Origine
Marsha Linehan est américaine. A 18 ans, elle est diagnostiquée schizophrène lors d’une hospitalisation où elle a est soumise à des électrochocs et à l’isolement. Nous sommes en 1961, elle ne découvrira que plus tard qu’elle souffre en réalité de troubles de la personnalité limite. Désormais psychologue, elle a créé la TCD pour répondre à des problèmes qu’elle connaît bien comme malade et professionnelle. « Dialectique » signifie « intégrer et accorder une importance aux faits ou aux idées contradictoires en vue de résoudre des contradictions apparentes ».

Pour cela, il convient d’aider les patients à ce qu’ils aient envie de vivre leur vie et de la construire selon leurs valeurs propres. La thérapie combine des notions de neurosciences et de psychothérapie cognitivo-comportementaliste avec des concepts zen, comme l’acceptation et la pleine conscience (mindfulness).

Mieux vivre le moment présent
Cette pleine conscience du moment présent est importante pour tous. Lors de l’animation de nos modules de psychoéducation, nous démarrons donc nos séances par 5 minutes de mindfulness, afin d’apprendre à nous recentrer sur notre respiration et notre corps, soulager notre stress, chasser les pensées négatives, et vivre pleinement ce mot que nous enseignons dès le commencement de notre parcours afin de faire face aux difficultés : anodin, anodin, anodin…

Étapes
Pour faire bref, Marsha Linehan propose quatre étapes thérapeutiques :
• Passer de l’absence de contrôle au contrôle du comportement,
• Passer d’un état de vide émotionnel à éprouver pleinement des émotions,
• Se construire une vie ordinaire et savoir résoudre des problèmes de la vie de tous les jours,
• Passer d’un sentiment d’incomplétude à celui de complétude/connexion.

Son manuel d’entraînement aux compétences TCD les détaille.

b) Thérapie basée sur la mentalisation TBM

La TBM a été développée et manualisée par Peter Fonagy et Anthony Bateman pour les troubles de la personnalité limite. Elle permet notamment au patient d’améliorer son introspection, d’identifier ses schémas dysfonctionnels, de mieux comprendre ce qu’il pense de lui et des autres, et surtout comment ses sentiments dictent ses réactions, comment ses « erreurs » de compréhension de soi et des autres l’amènent à agir, afin de devenir plus stable et de donner un sens à des sentiments incompréhensibles.

Selon le Professeur Speranza, qui a permis la création de notre association Connexions familiales dont il est le secrétaire, la plupart des techniques qu’on retrouve dans la TBM sont des éléments de base de toutes les pratiques thérapeutiques : soutien, empathie, exploration, challenge. Renforcer la mentalisation reste pourtant la cible même du traitement.

Ces thérapies, même adaptées et intégrées, n’en rendent pas moins souhaitables une formation des proches, responsables non pas de la maladie de leur être cher, mais de l’accompagner et lui fournir un environnement le plus validant possible pour soutenir ses besoins émotionnels.

Extrait de l’article « Comment prendre en charge “le Trouble de la Personnalité Limite” (TPL) des malades borderline ? Muriel ROSSET nous explique (cliquer pour ouvrir)  »   Publié le 5 Juillet 2019 par Muriel Rosset, présidente de « Connexions familiales », sur le blog Management en Milieu de Santé où elle est auteure.